Jo Ann von Haff

Romancière polyvalente. Éditrice zen. Pom-pom girl.

✏ Le lecteur n'est pas idiot !

Nous, romancières et romanciers, avons tendance à tout vouloir expliquer, à guider les lecteurs par la main pour qu'ils comprennent les tenants et aboutissants de l'intrigue, pour qu'ils sachent, mais vraiment !, pourquoi les héros se trouvent dans telle situation ou ont un certain comportement.
Cela est surtout très vrai lorsque nous créons un univers de toute pièce, lorsque nous écrivons de la SFFF (Science-fiction, fantasy & fantastique). Nous, nous connaissons notre monde, ses règles, ses mœurs, ses pièges, et nous avons peur que les lecteurs passent à côté de la moindre subtilité.

STOP !

Il y aura toujours du « tell » dans votre histoire, comme lorsqu'il s'agit de l'histoire du peuple, de ses mœurs, de ses lois, qu'il faudra bien raconter. Essayez d'équilibrer entre la narration et les dialogues. Faites un personnage expliquer à un autre (nouveau-venu, apprenti, etc.), ce qu'il en est, mais pour le reste, « show ».
En lisant un roman SFFF où le héros est une créature fantastique (métamorphe, vampire, immortel, sorcier, etc.), combien de fois doit-on lire qu'il a une « force extraordinaire » ? Pour y aller plus simplement, ne dites pas que votre héros a une force surhumaine, montrez-le.

Quelle information a le plus d'impact ?
« Axel est super fort. » 
ou
« Axel donna un coup de poing dans le pilier en béton qui se fissura. »

Et une fois que nous avons vu de quoi Axel était capable, plus besoin de le rappeler constamment. Nous avons vu. Nous le savons.

« Axel empoigna le bras de Max. Ce dernier grimaça, la force des créatures magiques n'était pas une légende. »
ou
« Axel empoigna le bras de Max qui grimaça de douleur. »

Je suis sûre que les lecteurs ont compris qu'Axel était fort, il n'est pas nécessaire de toujours appuyer sur la même touche.
Essayez tout de même d'être subtil ! Ne transformez pas votre roman en cours de récréation ou vestiaire, où il faut constamment prouver que votre personnage est extrêmement fort et habile, plus encore que les autres. Montrez-le uniquement si c'est nécessaire, s'il y a une bagarre, s'il est en situation de danger, si c'est absolument nécessaire pour l'avancée de l'intrigue. Cas contraire, vous aurez un texte très scolaire.

J'ai lu un roman récemment où, à la fin, l'auteur en était encore à appuyer sur le fait que le héros était fort grâce à sa nature. Dans le même paragraphe, il y avait « à cause de sa force de [créature mystique] » et « s'il était un être humain normal, il n'aurait pas guéri aussi vite, mais étant [créature mystique], il... ». À vingt pages de la fin alors qu'à ce stade, nous sommes plus que convaincus qu'il est fort et qu'il n'a pas de bleus après une bagarre.

Au lieu de vous attarder sur ladite force de votre créature magique, travaillez les réactions de ses interlocuteurs. Dépendant du registre choisi, du ton, du style, vous avez largement de quoi faire.
« Après avoir vu Axel donner un coup de poing dans le pilier en béton, Max décida de l'imiter et se cassa les doigts. » 
« Max nota des bleus, là où Axel l'avait empoigné. »
« Max en était sûr : Axel ne pouvait pas être humain. Ou alors il était bourré de stéroïdes. »
(Et Max est un bon souffre-douleur...)

En résumé : montrez au lieu de faire de l'explication de texte, dans les actions, les réactions, les comportements. Et soyez subtils !


Jo Ann von Haff est publiée chez BMR, Bookmark, France Loisirs et Charleston, et a été finaliste du Prix du Livre romantique de 2018. Elle met son expérience de romancière et d éditrice à votre disposition.

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@joannkamar
Luanda, Angola